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L’Oman est un pays méconnu. On n’en parle jamais. On ne le voit jamais. On ne l’entend jamais. Pourtant, ce pays réserve à qui veut bien s’ouvrir à lui ses trésors : des paysages diversifiés et fascinants, une Histoire mêlant le sable brûlant des déserts aux embruns du large, un peuple, une culture à part, nés du brassage de populations asiatiques et africaines, un développement sans excès, une nature sans limites …
Un œil sur la carte
D’une superficie de plus 300 000 km2, le Sultanat d’Oman se situe à l’extrème-est de la péninsule arabique – et partant, du Monde arabe - et rassemble 3 millions d’habitants. Sa capitale est Mascate qui ne rassemble pas 800 000 habitants sur toute son agglomération. Autrefois figé dans le passé, le pays a renoué avec la prospérité à l’ère pétrolière sous le règne du Sultan Qabous Bin Saïd, au pouvoir depuis près de 40 ans. L’Oman est un pays musulman, mais de rite ibadite. Concrètement cela signifie qu’il n’est historiquement ni chi’ite, ni sunnite. Les ibadites sont les descendants des kharijites, les premiers musulmans schismatiques.
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L’Oman, carrefour maritime entre l’Afrique et l’Asie
L’Oman a pour voisins le Yémen au sud-ouest, l’Arabie Saoudite à l’ouest, les Emirats Arabes Unis au nord-ouest, la République Islamique d’Iran au nord, et l’on pourrait également mentionner le Pakistan et l’Inde à l’est à la vue de l’importance des liens omanais avec ces pays. Il faut préciser que le territoire omanais n’est pas continu. La péninsule du Musandam est ainsi séparée du reste du pays pour surveiller le détroit d’Hormuz, et la minuscule enclave omanaise de Madha se situe en plein cœur de l’émirat de Fujairah, aux Emirats Arabes Unis. Notons aussi que l’Iran ne partage qu’une frontière maritime avec le Sultanat, et que le Golfe d’Oman et l’Océan Indien bordent le pays sur son est et au sud.
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Comprenant 5 mintaqah (provinces) et 3 mohafazah (gouvernorats ; de Mascate, du Musandam et du Dhofar), l’Oman se veut un tout cohérent : Batinah signifie « dorsale » ; Dhahirah, « ventrale » ; Dakhiliyah, « intérieure » ; Sharqiyah, « orientale » et Wusta « centrale ». L’enclave de Madha est administrativement rattachée au gouvernorat du Musandam.
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L’Oman est formé d’une barrière montagneuse culminant à 3000 mètres au nord – le Djebel Hajar – percée naturellement d’une étroite vallée (la trouée de Samaïl) reliant l’étroite bande côtière dite de la Batinah (la « ventrale »), et les régions de l’intérieur (al-dakhiliyah et al-Dhahirah, la « dorsale ») du pays, où prédomine le climat désertique. Une chaîne de montagnes similaires longe la rive sud du pays et la région de Salalah – plus connue sous le nom de Dhofar -. Cette région reçoit une partie des pluies de moussons venant d’Afrique orientale en été, et est donc connue pour sa verdure et sa relative fraîcheur durant cette saison dans toute la péninsule. Le pied des montagnes régulièrement arrosées, permet la culture d’oasis (plaine de la Batinah et régions de l’intérieur) pour la production de dattes essentiellement. Le désert quant à lui, occupe le reste du pays et n’est traversé que par des tribus chamelières tournées vers l’agriculture pastorale.
La culture d’oasis : l’un des symboles nourriciers de l’Oman
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Entre mer et désert : l’identité de l’Oman
L’Histoire de l’Oman commence avec ses richesses. Dès le III° millénaire avant JC, les populations autochtones exploitent le cuivre des montagnes du Djebel Hajar. Le minerai était fondu puis exporté vers le Golfe, la Mésopotamie et même l’Inde. Coincés entre l’océan et la montagne, les habitants de la côte de la Batinah se sont très tôt tournés vers la navigation pour survivre. Au II° millénaire avant notre ère, les marins omanais commercent avec la Chine. Le pays est également célèbre pour être la terre du boswellia sacra, un petit arbre dont la résine fut réputée avoir plus de valeur que l’or : l’arbre à encens. A cette époque, la région de l’Oman est essentiellement peuplée d’immigrés yéménites ayant quitté leur pays d’origine après la rupture du barrage de Marib. De l’autre côté du Golfe, la puissance achéménide crée au VII° siècle avant JC un empire tentaculaire dont les rameaux ne tardent pas à s’étendre sur l’Oman et ses trésors. Les Perses s’intallent alors pour plus de 1000 ans sur les côtes omanaises, avant d’en être chassés par l’invasion musulmane des Arabes. Islamisé pacifiquement du temps du Prophète, l’Oman retrouve la paix et sa domination sur les mers. Sindbad le marin, icône de l’aventurier musulman dans les Mille et Une Nuits, aurait eu son port d’attache à Sohar, situé au nord de la plaine de la Batinah. Protégé toutefois du reste de la péninsule par la montagne, mais surtout par l’immense désert du Roub’ al-Khali (le « Quart vide »), l’Oman devient le refuge de la secte musulmane des kharijites, dont le trait principal est l’élection du dirigeant de la communauté (l’imam) par les tribus selon les compétences et qualités humaines et religieuses de la personne, « fût-ce un esclave noir ». Le pays entre alors dans une période de grande prospérité et d’indépendance, en dépit de razzias sporadiques – perses, turques, mongoles – notamment à Sohar, et assoit sa domination sur le commerce dans l’Océan Indien. Des comptoirs omanais apparaissent à Canton en Chine du sud, à Goa en Inde, et sur toute la côte de l’Afrique de l’est. Au plus fort de son Histoire, l’Oman entretient des liens commerciaux à l’est jusqu’en Indonésie, aux Philippines et en Chine, au nord dans le Golfe Persique et jusqu’en Egypte, et au sud jusqu’aux côtes de l’actuel Mozambique et avec l’île de Nocibé, au large de Madagascar.
L’arrivée des Européens dans l’Océan Indien va marquer un tournant en la personne de Vasco de Gama, intrépide navigateur portugais parti au début du XVI° siècle à la recherche de la Route des Indes après avoir franchi le Cap de Bonne-Espérance, à l’extrème-sud de l’Afrique. Pourtant supérieurs en terme de techniques de navigation et de cartographie, les omanais ont rapidement vus leur flotte de boutres – navires non armés équipés pour le transport de marchandises - débordés par l’afflux d’agressifs galions portugais vers leurs rivages. Alfonso d’Albuquerque, prenant la suite de Vasco de Gama, s’empare de Calicut, Goa, puis de Sour, Mascate et Sohar sur la côte omanaise, avant d’atteindre Hormuz, Bahreïn, puis de retourner faire main basse sur les côtes africaines. De cette domination portugaise subsistent les très nombreux forts de la côte de la Batinah. Au XVII°, les portugais sont chassés par une rébellion interne dirigée par un imam de la Batinah, fondateur de la dynastie des Ya’aruba, qui restaure l’indépendance omanaise et redonne à son pays l’air du large. Des colonies sont fondées en Afrique, dont la plus importante se situe à Zanzibar, une île au large de l’actuelle Tanzanie.
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Les fjords du Musandam, entre Golfe et océan.
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C’est l’Age d’Or de l’Oman. Durant un siècle, le pays retrouve sa position centrale dans l’océan Indien, s’installe au Baloutchistan, étend son influence en Afrique Centrale jusque dans la région des Grands Lacs et au Congo. Pemba, Mombasa, Kilwa, Dar es-Salam mais surtout Zanzibar, qui devient le joyau de l’empire thalassocratique omanais, se transforment en importants ports de transit pour la traite. La région produit également du coton, du sucre, du café et des girofles de l’île de Zanzibar qui en devient rapidement le premier producteur mondial. Mais les imams ya’arubides oublient peu à peu leurs racines spirituelles et se tournent quasi-exclusivement vers le commerce, qui enrichit considérablement les caisses de l’Etat. La guerre civile éclate au début du XVIII° siècle, qui allait confronter le pays à ses démons intrinsèques. Si l’économie est florissante, elle profite surtout à la côte de la Batinah. L’intérieur du pays s’estime alors lésé et une révolte de type religieux est menée contre le pouvoir central qui, par crainte d’être débordé, fait appel à la Perse du conquérant Nader Shah. Ce dernier débarque en Oman en 1739, mais finit promptement par unir l’ensemble du pays contre lui. D’une guerre intertribale, le conflit trouve une orientation nationaliste dans le rejet des Perses qui quittent définitivement la côte omanaise en 1741. Cette victoire porte à la tête du pays le leader de la guerre contre l’Iran : Ahmed Bin Saïd al-Boussaïdi, qui fonde la dynastie des Bou Saïd qui règne encore de nos jours en Oman.
Le XIX° siècle constitue le début d’un profond déclin pour la puissance omanaise confrontée une seconde fois à l’arrivée des européens et de leurs navires à vapeur. Menacé à l’intérieur par les incursions wahhabites (doctrinaires musulmans dont les descendants créeront au XX° siècle l’Etat d’Arabie Saoudite) et par le déséquilibre croissant entre les régions asiatique et africaine de l’Oman en faveur de cette dernière, le pays finit par imploser en 1856, facilitant une reprise en main par les britanniques soucieux de sécuriser « leur » Routes des Indes. Le Sultanat de Mascate et d’Oman périclite, mais à la différence de l’île de Zanzibar qui deviendra protectorat de la Couronne de Londres, il conservera son indépendance explicite, du fait de la rivalité dans la région entre l’Angleterre et la France, son concurrent direct présent au sud-ouest de l’Océan Indien. La flotte omanaise en est réduite au cabotage sur de courtes distances, suite à l’ouverture du canal de Suez en 1869 qui consacre un afflux massif de bâtiments européens dans le Golfe d’Oman. Devenu de fait le vassal de la Couronne britannique, le sultan n’exerce plus de réelle autorité au-delà de la région de Mascate et autour de Salalah. Renfermé sur lui-même, l’Oman lutte autant contre ses ennemis internes, partisans d’une restauration de la pensée ibadite, qu’extérieurs. L’imamat de Nizwa fait ainsi concurrence au sultanat de Mascate ; situation qui aboutit en 1920 à la signature du Traité de Sib, où les deux entités se reconnaissent mutuellement tout en consacrant la partition du pays.
Dans la Guerre Froide, la région du Dhofar en 1964 devient la proie d’une lutte armée aux accents marxistes dont les combattants sont soutenus par la République Populaire du Yémen, ou Yémen du sud, proche de l’Union Soviétique. La guerre va déchirer le pays durant une longue décennie, et cela ne sera qu’avec l’arrivée au pouvoir de Qabous Bin Saïb à Mascate en 1970 que le tournant décisif sera opéré. Le nouveau sultan va, avec l’aide militaire des britanniques mais surtout de l’Iran du Shah, neutraliser la rébellion, puis conduire l’unification du pays et son ouverture progressive au monde et à l’économie de marché. Après 38 ans de pouvoir, l’actuel sultan a littéralement transformé son pays en l’ancrant résolument vers le XXI° siècle. D’un pays divisé, ruiné et isolé à son arrivée, l’Oman est devenu un pays prospère grâce aux revenus du pétrole et du gaz, dont l’exploitation a commencé dans les années 60, à la conduite d’une diplomatie de bon voisinage avisée, et la prise en compte de la nécessité d’un développement humain et rationnel de son pays, contrairement à nombre de ses voisins.
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Quelles perspectives ?
L’avenir reste malgré tout incertain pour plusieurs raisons. La première est la question de la succession du sultan Qabous. Celui-ci n’a en effet aucun héritier direct. Ensuite, vient le problème de la reconversion de l’économie omanaise, encore largement tournée vers l’exploitation des hydrocarbures dont les quantités estimées ont encore été revues à la baisse en Oman. Le tourisme, notamment naturel, est ainsi une des pistes étudiées pour le futur ; l’Oman bénéficiant de nombreux écosystèmes très riches. Le sultan, premier dirigeant « vert » du Monde Arabe, s’est en cela très tôt engagé dans la lutte pour la préservation du patrimoine naturel de son pays.
Le drapeau omanais représente le sang versé par la nation (rouge), la richesse des oasis (vert) et la paix dans l’unité du pays (blanc) ; les armoiries du coin supérieur rassemblent un khanjar (poignard) traditionnel et deux kittarah (sabres locaux).
Après cette nécessaire présentation du pays, j’espère avoir suffisament mis en lumière les traits principaux, et les clés pour mieux comprendre ce pays méconnu, disais-je, qui gagne aujourd’hui tant à être découvert. Ahlan wa sahlan fi ’Oman ! (Bienvenue en Oman !) Et bonne lecture !
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